CONCEPTION PÉDAGOGIQUE

LA CONCEPTION PÉDAGOGIQUE DE SYSTÈMES D'APPRENTISSAGE MULTIMÉDIA INTERACTIF: FONDEMENTS, MÉTHODOLOGIE ET PROBLÉMATIQUE

par Philippe Marton
Philippe.Marton@ten.ulaval.ca

Directeur du groupe de recherche GRAIM
Département de technologie de l'enseignement
Faculté des sciences de l'éducation, Université Laval


INTRODUCTION

Depuis quelques années, le développement fulgurant des technologies de l'information et de la communication rend de plus en plus possibles et accessibles à l'humain de nouvelles façons d'apprendre.

Même si les contreforts du monde de l'éducation sont encore résistants et conservateurs, ils sont en train de se lézarder assez rapidement et un nouveau paradigme, un nouveau modèle, exploitant le potentiel, les ressources et les possibilités des Nouvelles Technologies de l'Information et de la Communication (NTIC) alliées à la technologie éducative est en train d'émerger.

C'est de ces nouvelles façons d'apprendre, dans un environnement technologique multimédia, dont il sera question dans cette communication. Après un panorama synthétique sur les NTIC, les fondements des Systèmes d'Apprentissage Multimédia Interactif (SAMI) seront présentés, suivis des principaux facteurs pédagogiques, ingrédients de premières importance pour les SAMI. Ensuite nous proposerons une méthodologie pour leur production en soulignant aussi plusieurs problèmes rencontrés lors des expériences menées au groupe de recherche GRAIM, desquelles nous dégagerons les premiers constats en regard de leur impact pédagogique.

1- Les Nouvelles Technologies de l'Information et de la Communication (NTIC)

L'accélération rapide du développement des technologies de l'information et de la communication marque la fin de ce XXe siècle et l'exploitation de leur potentiel sans cesse grandissant influencera, sans nul doute, le début du prochain siècle, le XXIe.

L'évolution de ces technologies, dites "Nouvelles", parce que conjuguées et articulées entre elles, repose sur trois concepts: la miniaturisation, la puissance et l'instantanéité, qui combinés à la fibre optique transportant l'information et grâce à la numérisation permettant le traitement et la compression de toutes les données, offrent un potentiel remarquable. (Marton, 1989)

Ainsi les barrières du temps et de l'espace se trouvent franchies et de l'exploitation du potentiel de ces NTIC apparaissent de plus en plus de nouvelles possibilités d'apprendre pour l'humain en tout temps et en tout lieu selon Papert (1981) et Minsky (1988).

Une des nouvelles possibilités d'apprendre est l'apprentissage multimédiatisé interactif. En effet, de plus en plus il est possible de développer des systèmes qui permettent un apprentissage riche de messages audio-scripto-visuels variés, contrôlé par l'étudiant et permettant un dialogue et un échange entre le système et l'étudiant, donc permettant de plus en plus une interactivité souple et dynamique.

Ce sont ces SAMI qui viennent remettre en question les façons d'apprendre et d'enseigner. En effet, ils viennent proposer de nouveaux rôles aux professeurs et aux formateurs: celui d'aide, de guide, de tuteur, d'accompagnateur, etc. Enfin, ils viennent non pas menacer les éducateurs, mais leur permettre de jouer les vrais rôles qu'on attend d'eux, soit d'établir des contacts pédagogiques humains épanouissants, affectifs et personnalisés, ce qu'aucun système ou machine ne sait et ne saurait jamais faire.

Examinons maintenant, les bases, les fondements sur lesquels reposent ces SAMI.

2- LES FONDEMENTS DES SYSTÈMES D'APPRENTISSAGE MULTIMÉDIA INTERACTIF

L'architecture d'un SAMI repose sur quatre principaux fondements: la communication, la sémiotique, l'apprentissage et la systémique de la technologie éducative. (Marton, 1992 a-b-c-e-f)

Elle est le principe même de la pédagogie, permettant d'établir le choix des relations et d'organiser des liens, des échanges en interaction continuelle avec feedback entre l'Émetteur et le Récepteur, tour à tour, l'un ou l'autre, l'étudiant ou le système, et ce à partir de messages multiples et adaptés autour d'un répertoire commun.

Le fameux paradigme de Laswell devient alors extrêmement intéressant: Qui? Dit quoi? A qui? Par quels moyens? Avec quel effet?

Elle est la base même de la communication de messages, permettant le choix et l'organisation des signes, des codes, des symboles en vue de significations précises de par la perception des représentations véhiculées par les messages.

Ainsi les principaux signes disponibles sont ceux concernant l'audio (images sonores, bruits, musique), le visuel (images visuelles, fixes ou animées) et le linguistique (mots parlés ou écrits). Ceci nous amène à un véritable système de signes à partir duquel sont agencés, construits les messages. Il est facile de comprendre l'importance de ces bases pour les SAMI ou justement les techniques du multimédia permettent l'accès et la mise en forme de messages variés.

Il est la raison même de toute communication de messages pédagogiques, donc de signes organisés intentionnellement. Il permet le choix et l'organisation d'activités, d'événements par des messages variés et à partir de principes, de lois, de conditions que proposent les différentes approches et théories existantes. Là encore, nous voyons l'importance des messages qui serviront à communiquer des signes en vue de significations précises qui seront perçus par l'étudiant, et qui permettront un apprentissage réel se traduisant par un changement de comportement dans un sens déterminé, par une acquisition d'habiletés, d'une compétence, pour une tâche donnée.

C'est la présence d'une approche, d'une démarche, à la fois systématique et systémique, qui permet d'analyser les problèmes reliés au processus d'apprentissage, de formation, d'enseignement, puis de concevoir, développer et d'évaluer des solutions efficaces à ces problèmes par le développement et l'exploitation des ressources éducatives (Lachance, Lapointe, Marton, 1979). La technologie éducative vient diriger, gouverner (cybernétique) toute l'architecture du SAMI où les quatre principaux fondements sont interreliés.

Alors, pas d'apprentissage sans perception, pas de perception sans messages, pas de messages sans signes et signification et pas de signification sans communication et pas de communication sans interactions et pas d'interactions sans systèmes et pas de système sans technologie éducative.

Ainsi pour un apprentissage donné, on choisit et on organise de façon systématique et systémique des activités, des événements, reposant sur des messages, des signes organisés de façon systématique et systémique véhiculant une signification dans une situation de communication ou l'interactivité est le principe même du fonctionnement du système.

3- LES FACTEURS PÉDAGOGIQUES POUR LES SYSTÈMES D'APPRENTISSAGE MULTIMÉDIA INTERACTIF (SAMI)

Afin que ces systèmes soient pédagogiques, il est essentiel, lors de leur élaboration, de tenir compte de plusieurs points importants qui sont les ingrédients premiers de l'architecture pédagogique d'un SAMI. Ces points sont les facteurs que la recherche sur l'apprentissage, entreprise depuis plusieurs années, a fait ressortir comme jouant un rôle majeur dans l'apprentissage en l'influençant positivement : la motivation, le rythme individuel, la participation, l'interaction, la perception, l'organisation des messages, la structuration du contenu, le choix des méthodes pédagogiques, la stratégie de l'organisation des ressources, le guidage, la répétition d'activités variées, les exercices adaptés, l'application des connaissances acquises, la connaissance immédiate des résultats et le rôle des contacts humains. (Hillgard et Bower 1975; Salomon, 1979, 1981; Glaser, 1986; Reigeluth, 1987; Gagné, 1987; Brien, 1994; Bork, 1991; Jonassen-Mandl, 1992; Brien et Eastmond, 1994).

Sans contredit, ce facteur est le plus important, puisque sans lui, rien ne peut être déclenché, entrepris, fait, réalisé. Comment déclencher le désir de se mouvoir, d'aller vers? Est-ce possible de donner de la motivation à une personne qui n'en a pas? Et lorsqu'il y en a suffisamment pour démarrer, que faire pour la soutenir, l'entretenir, la maintenir, la faire progresser? Que doit-on faire avant, pendant et après une situation d'apprentissage? La recherche nous dit qu'en informant, en exposant la situation qui sera vécue, en la situant , en la reliant au connu de l'apprenant, en créant une expectative, en essayant d'impliquer, dès le départ, celui qui apprend, alors sa motivation se trouve nourrie, renforcée et stimulée.>

Depuis longtemps nous savons qu'il y a chez les humains des différences individuelles dont normalement nous devrions tenir compte en pédagogie. La recherche a prouvé que l'apprentissage était mieux réussi si l'on s'adaptait aux différences individuelles des étudiants en respectant d'abord leur rythme individuel de perception, de compréhension et d'assimilation.>

Ceci consiste à tout mettre en oeuvre afin de permettre une participation active et dynamique, mentale et physique de l'apprenant en sollicitant le plus possible tous les sens, en provoquant des réactions, en interrogeant, en questionnant, en proposant des choix, en faisant analyser, synthétiser, remarquer, observer, etc., enfin en générant une participation active par des activités variées et bien sélectionnées.>

L'interactivité entre l'apprenant et le système d'apprentissage repose sur le dialogue, l'échange plus ou moins grand qu'il est possible de créer entre eux, sur le degré de contrôle sur le système dont peut disposer l'apprenant et sur la possibilité de permettre des initiatives partagées entre eux afin de réorienter l'interaction. (Giardina, 1992a-b) Ceci rejoint les interactions multidirectionnelles mentionnées par Salomon et le partage possible de la gestion de l'apprentissage entre un apprenant et un SAMI dont parle Depover (1987). Ce facteur est extrêmement important et prend racine dans les lois et principes même de la communication et donc de la pédagogie.>

Il ne peut pas y avoir d'apprentissage sans perception des significations à partir des signes composant les messages. La perception est un acte intelligent qui se produit à partir des capteurs que sont nos sens. Une bonne perception visuelle doit être constamment recherchée et sollicitée. Plusieurs procédés et techniques d'indication et de signalisation existent tant pour les messages audios que visuels et linguistiques.>

Cette organisation des messages pose tous les problèmes de leur mise en forme qui doit se faire de façon méthodique, systématique et systémique, selon des étapes et des opérations bien précises afin d'obtenir une forme intéressante et efficace qu'est le processus de la visualisation pédagogique. De fait, ce processus de la mise en images visuelles et sonores devrait s'appeler "l'imagination" pédagogique. Cette mise en forme des messages pose aussi le problème du choix judicieux des signes, des stimulis pertinents afin que leur combinaison forme un langage générant la signification qui sera perçue. Ici nous sommes en face de l'équation suivante où l'articulation des élément du langage audiovisuel est traversée par la dimension linguistique qui transporte et véhicule aussi des significations, et trop souvent les plus nombreuses et les plus importantes au détriment des images.>

Selon la recherche, la structuration du contenu doit faire apparaître les principaux liens logiques, les relations importantes entre les divers éléments et les articulations entre les parties du contenu. Ici, sans aucun doute, nous touchons toute l'importance de la schématisation qui est une des formes privilégiées de la représentation d'un contenu plus ou moins complexe et abstrait. Le schéma facilite la perception, l'apprentissage et donc la compréhension et la mémorisation.>

La méthode, c'est l'ensemble des démarches, des cheminements ordonnés et rationnels, précisant, fixant le mode d'intervention (la manière ou l'approche d'aborder pour présenter ou faire découvrir des informations) la formule pédagogique (la manière de procéder précisée par un modèle particulier d'activités, allant d'individualisées à magistrales); les techniques pédagogiques (la manière concrète de faire, l'application de règles et de procédés définis dans des activités). La méthode est souvent issue, influencée, par une ou des approches ou théories d'apprentissage existantes allant, par exemple, du behaviorisme au cognitivisme et à la science cognitive en émergence. L'apprentissage sera alors possible, par association, par induction, par déduction, par présentation ou par découverte, par essais et erreurs, par résolution de problème, par analyse et par synthèse, par opération et intériorisation des actions, par la simulation, par représentation et schématisation, etc. Une multitude de méthodes, d'approches sont disponibles et possibles et le plus difficile consiste à sélectionner ce qui convient le mieux pour le type d'apprentissage visé: des faits, des principes, des concepts, des règles, des habiletés, des attitudes, etc., et ce pour le genre d'apprenants concernés.>

C'est l'ensemble de tout ce dont l'apprenant dispose en situation d'apprentissage. Il est question alors de ressources physiques, matérielles qui déterminent l'environnement pédagogique ainsi que des ressources humaines indispensables à l'apprenant.

Articulant ces deux points importants que sont les méthodes et les ressources, on parlera de la stratégie, c'est-à-dire de l'organisation systématique et systémique de la méthode et des ressources en vue d'un apprentissage efficace et intéressant. Nous sommes ici devant un des facteurs extrêmement important et qui englobe, en quelque sorte, tous les autres.>

Ceci concerne tout ce qui permet de baliser la piste et les chemins qu'empruntera l'apprenant en situation d'apprentissage. Il sera alors question d'orienter, de signaliser, de situer, de délimiter les trajets durant le parcours de l'apprenant.>

L'apprentissage est reconnu par beaucoup comme étant basé sur l'action de l'apprenant en situation. Dewey (1925), à la fin du XIXe siècle, a basé toute sa pédagogie sur cela, en privilégiant la continuité de l'expérience par l'action et en rendant célèbre son fameux "Learning by doing!". Selon lui, l'enfant construit sa pensée par ses interactions continuelles avec l'expérience, ce qui sera repris par plusieurs théoriciens et plusieurs praticiens à travers le monde comme Decroly, Claparède, Freinet, les principaux tenants de l'École active.

Ainsi la répétition d'activités pédagogiques variées basées sur l'expérience, proposant des manipulations, des simulations, des questionnements favorisent positivement l'apprentissage. Signalons enfin que la répétition variée est aussi un vieux principe pédagogique qui a fait ses preuves.>

L'exercice, dans toute situation d'apprentissage, est jugé comme important, et ce sont les exercices qui permettent la pratique, l'entraînement, pour favoriser le développement et aussi pour mieux faire, mieux savoir, mieux comprendre et ce, à condition que l'apprenant puisse vérifier, se corriger et s'ajuster de suite grâce au feedback.>

Quelle que soit l'activité pédagogique proposée, un feedback instantané est jugé comme très important afin de permettre à celui qui apprend de vérifier, de contrôler la qualité, l'exactitude de ses réponses, de ses résultats, de sa performance durant son apprentissage.>

L'application des connaissances acquises concerne l'activité en fin d'apprentissage, qui vise à placer l'apprenant en situation de performance. C'est donner l'opportunité à celui qui apprend d'appliquer le savoir, le savoir faire appris et d'être informé sur la qualité et l'exactitude des résultats de ses applications.>

De tout temps, l'humain a eu besoin d'un autre humain pour apprendre, ce principe est très vieux et il remonte au matin de l'humanité. Ainsi il ne peut y avoir de pédagogie réelle sans relation entre deux ou plusieurs personnes, sans communication, sans échange et sans dialogue, donc sans interaction et sans connaissance mutuelle, donc sans apprivoisement. Sans aucun doute, ces contacts humains marquent l'apprentissage humain et le dosage et l'équilibre est extrêmement important tout au long du cheminement.

Avec les Systèmes d'Apprentissage Multimédiatisé Interactif, l'humain ne se trouve pas éliminé pour autant, car quelle que soit la sophistication et l'"intelligence" de ces SAMI, aucun ne peut et ne pourra remplacer des contacts humains. Ces systèmes demeurent des outils et des moyens merveilleux, créés, modelés et organisés par des humains et venant compléter avantageusement l'action du professeur ou du formateur, en le libérant des tâches répétitives, très ardues pour lui, afin qu'il puisse exercer, jouer davantage et pleinement, ses rôles d'aide, de guide, de tuteur, d'accompagnateur, de conseiller et même de confident, que justement aucun système technologique ne peut accomplir. Ici, nous touchons le fameux problème de l'encadrement des apprenants en situation de formation à distance, que certains pensent pouvoir régler avec les possibilités de la réalité virtuelle.

Ainsi, de plus en plus, grâce et à cause des Nouvelles Technologies de l'Information et de la Communication (NTIC), l'humain devrait pouvoir apprendre mieux, de façon plus efficace, plus intéressante et surtout plus épanouissante, à condition de créer des façons intelligentes d'exploiter leur potentiel, et de faire jouer à l'humain ses vrais rôles d'éducateurs.>

IV- MÉTHODOLOGIE DE LA PRODUCTION D'UN SYSTÈME D'APPRENTISSAGE MULTIMÉDIA INTERACTIF (SAMI)

La technologie éducative nous propose une approche systématique et systémique en vue d'analyser des problèmes reliés à des situations d'apprentissage et de concevoir, développer et évaluer des solutions à ces problèmes par l'utilisation et l'exploitation planifiée des ressources éducatives disponibles. (Lachance, Lapointe, Marton, 1979)

L'approche systématique nous permet de fonctionner selon des étapes et des opérations précises, et l'approche systémique nous permet de considérer ces étapes et ces opérations comme un système, où elles sont interreliées et où les éléments sont continuellement interdépendants.

La production d'un SAMI, après l'étude préliminaire d'un projet, suivra les étapes du processus de la visualisation pédagogique (Marton, 1992f), permettant de structurer des messages audio-scripto-visuels en vue d'une situation précise d'apprentissage. Ce processus est cependant adapté à la situation et se divise en cinq grandes parties qui comportent chacune des étapes et des opérations (voir tableau ci-après).

1ère partie - La planification - Étapes 1-2-3-4, avec opérations

Cette partie voit à préciser les besoins, le contenu, les objectifs, les caractéristiques de population visée, l'échéancier et les prévisions budgétaires. Ces étapes mènent à l'étude préliminaire du projet. Elles sont importantes, car elles stipulent, après étude et évaluation, la dimension du projet, les étapes du processus, l'échéancier prévu et les prévisions budgétaires pour la réalisation du projet. Elles demandent beaucoup d'attention et d'expérience afin de déterminer, avec précision, les grandes lignes du projet.

2e partie - La conception - Étapes 5-6-7, avec opérations

C'est l'étape de l'élaboration du design et de la mise en forme pédagogique avec le choix et l'articulation des ressources et des méthodes et de la scénarisation des divers messages pédagogiques en fonction des possibilités offertes par l'environnement technologique.

3e partie - Le développement - Étape 8, avec opérations

Cette partie porte sur le développement progressif du système à partir du design élaboré. Cette étape est ponctuée de plusieurs évaluations formatives au fur et à mesure du développement des parties du design.

4e partie - L'évaluation - Étape 9, avec opérations

C'est l'étape de la réalisation de la mise à l'essai après avoir élaboré des instruments d'évaluation et déterminé les conditions et les modalités de cette importante activité. Aux étapes 2 et 3 de la première partie, on a déjà pensé au "comment" évaluer l'atteinte des objectifs fixés. Cette étape comporte aussi le traitement et l'analyse des résultats en stipulant les corrections et les ajustements nécessaires.

5e partie - La correction - Étape 10, avec opérations

C'est la réalisation des ajustements et corrections stipulées par l'évaluation. Normalement, cette étape est suivie d'une autre mise à l'essai pour des fins de vérification.

Enfin tout le processus de la production d'un SAMI se trouve résumé et synthétisé dans un rapport complet qui accompagne le prototype réalisé. La production efficace d'un SAMI repose sur la participation de plusieurs spécialistes et personnes qui seront appelés à travailler ensemble en équipe. Un point très important dont il faut tenir compte, c'est la constitution des membres de l'équipe de production, la définition du rôle de chacun et la détermination de la philosophie du travail au sein de cette équipe. Une équipe normale pour la production d'un prototype sera composée de cinq à six personnes, dépendant du projet. Un technologue-pédagogue responsable du projet, un ou deux technologues "développer-réalisateur", un expert en contenu, un expert en formation et un expert en évaluation.

Le rôle joué par le responsable du projet est aussi très important, car il doit, tout au long, animer le travail d'équipe, insuffler une dynamique constante, diriger les différentes étapes et coordonner les principales activités, tout en respectant, bien entendu, l'échéancier et le budget de la production envisagée.

Tableau 1: Étapes du processus de la production d'un Système d'Apprentissage Multimédia Interactif (SAMI)

PROCESSUS DE PRODUCTION D'UN SAMI

ÉtapesOpérations
I- Planification
(Étude préliminaire)
1- Consignation des données sur le sujet- besoins
- population
2- Précision du contenu- parties, éléments
3- Définition des objectifs- objectifs généraux, spécifiques
4- Structuration du contenu
Estimation: échéancier, budget
- éléments, séquences, ordre
II- Conception5- Stratégie d'apprentissage- ressources, méthodes, messages
6- Intégration pédagogique- facteurs pédagogiques
7- Design du système- démarche, liens, organigramme, architecture
III- Développement8- Réalisation du design- parties, liens, relations
Visualisation des messages- signes, signification
Intégration pédagogique- activités, facteurs, interactivité
IV- Évaluation9- Réalisation des instruments- questionnaires, inter>view, observations
Conditions et modalités- lieu, calendrier, responsabilités
Mise à l'essai- déroulement
Analyse et traitement des résultats- présentation
Corrections proposées- recommandations
V- Correction10- Ajustements indiqués- modifications, corrections
Vérification- mise à l'essai, résultats


V- ÉLÉMENTS PROBLÉMATIQUES D'UN APPREN>TISSAGE MULTI-MÉDIA INTERACTIF

Cette problématique s'inscrit tout d'abord sur l'émergence du nouveau paradigme, modèle dont nous avons déjà parlé, exploitant les ressources et les possibilités des NTIC et reposant sur la démarche de la technologie éducative. Ce paradigme est caractérisé par:

Cet Apprentissage Multimédiatisé Interactif peut aussi être envisagé à distance, à travers l'espace et le temps, en exploitant les possiblités de la télématique et des technologies de transmission de l'information que sont la fibre optique et la numérisation, bases à partir desquelles des autoroutes électroniques sont en pleine construction!

Les éléments de cette problématique sont issus de la systématique et de la systémique d'un Apprentissage Multimédiatisé Interactif telles que représentées ci-après.

a) Concernant l'apprentissage

b) Concernant la méthodologie de la production

c) Concernant la multimédiation ou la visualisation pédagogique

d) Concernant la pédagogie

e) Concernant l'évaluation des impacts des SAMI

Tous ces points d'évaluation des impacts des SAMI, c'est ce que vise particulièrement le projet LAMI depuis juin 1993, à l'Université Laval. (Marton, 1991, 1993)

VI- PREMIERS CONSTATS SUR LES SAMI

Déjà, à partir des recherches entreprises depuis quelques années, on peut dégager des avantages, des signes positifs concernant l'exploitation de SAMI en éducation et en formation. Ainsi, dans l'ensemble, pour les apprenants, l'intérêt est grand pour les SAMI et le degré de satisfaction élevé. De plus, l'apprentissage est réussi et efficace, et il se fait en moins de temps (50 à 60%) faisant donc ressortir incontestablement une économie, en général. (Marton, Giardina et Duchastel, 1987; Marton, 1993 a-b-c, 1994; Reeves, 1992)

Malgré tout, la recherche doit précéder les projets d'implantation de ces nouveaux systèmes. Plusieurs inconvénients marquent actuellement les SAMI tels: les environnements technologiques très mouvants et qui changent rapidement; l'évolution accélérée des logiciels et des systèmes d'exploitation du multimédia; la rareté et la faible disponibilité de modules et d'unités en éducation et en formation; enfin, la méconnaissance des SAMI par les professeurs et les formateurs, la résistance au changement existant encore chez les humains et dans les systèmes scolaire et de formation.

Plusieurs points importants sont à étudier comme: l'évaluation encore difficile et complexe des modalités d'implantation et d'articulation avec la démarche pédagogique originale; la rentabilité encore difficile à démontrer avec précision; les coûts d'implantation encore difficile à évaluer.

Sans nul doute, la recherche dans ce secteur est urgente et demeure une priorité en éducation et en formation. Nous avons l'impression que le monde de l'éducation n'a pas prévu ce qui arrive, et que tout retard dans ce secteur pourrait s'avérer lourd de conséquences. Et pourtant la technologie ne vient pas d'arriver, et les Nouvelles Technologies de l'Information et de la Communication sont en train de se développer rapidement sous nos yeux. On parle déjà de classes virtuelles, de réalité virtuelle en formation à distance, où le multimédia devient déjà une plus value importante (Villardier et Umbriaco, 1993). Alors nous devons sans plus tarder étudier et analyser ces possibilités nouvelles qui nous sont offertes.

CONCLUSION

Les SAMI actuels préfigurent le futur. Demain, grâce aux nombreux développements des Nouvelles Technologies de l'Information et de la Communication (NTIC), les SAMI seront très répandus en éducation et en formation à travers les barrières du temps et de l'espace. Grâce à la miniaturisation, la puissance et l'instantanéité, la numérisation et la fibre optique, les SAMI seront plus souples, plus économiques, plus accessibles et plus performants.

Les SAMI ne sont pas la panacée, cependant ils marqueront positivement les secteurs de l'apprentissage et de la formation. Parce que DEMAIN arrive vite, il faudrait, selon la plupart des chercheurs dans ce secteur, redoubler les efforts de recherche-développement d'applications pédagogiques variées et évaluer rigoureusement l'impact des SAMI sur les apprenants, les enseignants et toute l'organisation pédagogique avant d'implanter les NTIC en éducation et en formation. Car les SAMI doivent être au service des humains pour faciliter, pour améliorer l'apprentissage, l'enseignement et la formation, en harmonie avec les éducateurs et les formateurs qui demeureront toujours indispensables, mais qui pourront alors, grâce à ces systèmes, assumer des rôles nouveaux plus nobles, d'aide, de guide, de tuteur, de conseiller, en présence ou à distance.

Comme Glaser, nous croyons que nous devons concevoir de nouveaux environnements d'apprentissage et imaginer des situations d'appren>tissage, où l'apprenant établit un nouveau type de rapport avec le savoir, où les connaissances et les façons de procéder soient objets d'inter>rogation, de recherche et de déduction.

Enfin, il est aussi très important, en même temps, de former adéquatement les futurs maîtres et formateurs aux possibilités de ces nouvelles technologies avec lesquelles demain, incontestablement, ils auront à travailler, qu'ils auront à exploiter, à utiliser dans leur magnifique mission d'enseignant, de formateur, d'accompagnateur, sur le chemin de la connaissance et de la vie. (Marton, 1992d)

Le temps est certainement révolu de se poser des questions sur l'utilité de ces nouvelles technologies. Elles sont là et seront de plus en plus présentes à l'aube du XXIe siècle, et nous devons préparer, par une excellente formation, ces maîtres et formateurs de demain en vue d'exploiter, de façon intelligente et humaine, ces nouvelles technologies et ces nouveaux systèmes qui seront leurs alliés et leurs compléments indispensables et précieux pour former les humains!

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